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Aikido Bruxelles / textes / ruse / Baltaza

r Gracian

Aikido Bruxelles / image 189 / Gracian

 

 

Fils d’un médecin de village aragonais, Baltazar Gracián y Morales, intégré dans la Compagnie de Jésus en 1635, aurait mené la vie modeste d’un professeur de province si sa personnalité atypique plongée dans les bouleversements d’une époque de guerres et de luttes politiques ne lui avait permis de pénétrer dans une classe à laquelle il était (et va rester) étranger : il sera confesseur du vice-roi d’Aragon, prédicateur à Madrid, aumônier de l’armée du marquis de Leganès au siège de Lérida (1646).

 

Mais Gracián, esprit supérieur doué d’un esprit extrêmement acerbe et emprunt d’un mépris souverain pour les médiocres provoque jalousies et haines alors que le succès de ses écrits fait problème au sein de la Compagnie au regard d’une règle qu’il malmène avec un peu trop de désinvolture. Révoqué de sa chaire et soumis à pénitence, Gracian meurt en 1658. La Compagnie de Jésus aura fait semblant de se plaindre de son « profès » mais elle en a fait son miel : elle est et restera un nids de personnalités d’exception. aikido Bruxelles

 

Baltazar Gracian a laissé une série d’ouvrages à l’intelligence fulgurante ou s’affirme petit à petit au fil des textes un système homogène mais redoutablement clos sur une impitoyable morale de la désillusion. Ces livres, traduits, sont désormais facilement accessibles en éditions grand public. Il a inspiré Molière, La Rochefoucauld, Schopenhauer (qui le traduit en allemand en 1861), Nietzsche, et plus récemment Jankélévitch, Lacan, Guy Debord. Il n’est pas sûr que les temps qui viennent soit encore compatibles avec les écrits de Gracian le subversif. Parmi ses textes, mentionnons « L’Homme de cour », « Le Héros », « L’Homme universel », « Art et figures de l’esprit » et le « Le Criticon » dont voici un commentaire de Chales Marcilly : aikido

 

En quête d’une insaisissable Félicité qui n’est pas de ce monde, perdu dans le déferlement énigmatique du circonstanciel, séduit, trompé, abattu, mais aussi averti, relevé, guidé un instant par la main secourable des mystérieux maîtres de la sagesse – héros, philosophes ou livres – dont l’humanité jalonne sa lente ascension vers la Raison, l’Homme, de désillusion en désillusion, parvient finalement à l’île d’Immortalité où, dans le crépuscule dérisoire des géants de l’histoire, son couronnement en tant que personne annonce que les temps inéluctables sont venus où parvenir à être simplement un homme constitue l’héroïsme suprême. Car ici la réussite sociale n’est plus rien que le moyen de se présenter devant Dieu riche d’un actif à rejeter, ad majorem Dei gloriam, en un ultime désabusement typiquement ignacien… Satire monumentale et féroce, le Criticón brosse la fresque hallucinante d’une odyssée qui est celle de l’intelligence dans un univers décrypté. Et ce n’est pas la moindre surprise du lecteur moderne que de découvrir, au cœur d’une fantasmagorie génialement baroque, l’ambiguïté des figures à facettes d’un Picasso errant dans les ténèbres abyssales des palais d’un Gaudí, parmi les inquiétantes formes molles ou la terrifiante froideur lumineuse des architectures plates d’un Salvador Dali….

 

Voici un court extrait de l' »Homme de Cour » qui nous intéresse au titre qu’il y est traité de la ruse dont le museau matois pointe toujours dans la stratégie.aikido Bruxelles


 

Procéder quelquefois finement, quelquefois rondement.

 

Aikido Bruxelles / Gracian / image 187

 

La vie humaine est un combat contre la malice de l’homme même.aikido Kobayashi

L’homme adroit y emploie pour armes les stratagèmes de l’intention. Il ne fait jamais ce qu’il montre avoir envie de faire ; il mire un but, mais c’est pour tromper les yeux qui le regardent. Il jette une parole en l’air, et puis il fait une chose à quoi personne ne pensait. S’il dit un mot, c’est pour amuser l’attention de ses rivaux, et, dès qu’elle est occupée à ce qu’ils pensent, il exécute aussitôt ce qu’ils ne pensaient pas.

 

Celui donc qui veut se garder d’être trompé prévient la ruse de son compagnon par de bonnes réflexions. Il entend toujours le contraire de ce qu’on veut qu’il entende, et, par là, il découvre incontinent la feinte. Il laisse passer le premier coup, pour attendre de pied ferme le second, ou le troisième. Et puis, quand son artifice est connu, il raffine sa dissimulation, en se servant de la vérité même pour tromper. Il change de jeu et de batterie, pour changer de ruse. Son artifice est de n’en avoir plus, et toute sa finesse est de passer de la dissimulation précédente à la candeur. Celui qui l’observe, et qui a de la pénétration, connaissant l’adresse de son rival, se tient sur ses gardes, et découvre les ténèbres revêtues de la lumière. Il déchiffre un procédé d’autant plus caché que tout y est sincère.aikido Kobayashi

Et c’est ainsi que la finesse de Python combat contre la candeur d’Apollon.aikido Bruxelles

 


 


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