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Aikido Tai Chi Chuan Yoga Pilates Capoeira Bruxelles / découverte du Ginseng…

 

Aikido Yoga Tai Chi Pilates Capoeira Bruxelles / Ginseng

 

Dessin du père Jatroux dans sa lettre

 

 

 

A Pékin, le 11 d’avril 1711

Au père procureur général des missions des Indes et de la Chine

Mon révérend Père,

            La paix de Notre Seigneur.

  

La carte de Tartarie, que nous faisons par ordre de l’empereur de la Chine, nous a procuré l’occasion de voir la fameuse plante de gin-seng si estimée à la Chine et peu connue en Europe (son nom veut dire reine des plantes).

 

Vers la fin de juillet de l’année 1709, nous arrivâmes à un village qui n’est éloigné que de quatre petites lieues du royaume de Corée, et qui est habité par les Tartares qu’on nomme Calca-tatze. Un de ces Tartares alla chercher sur les montagnes voisines quatre plantes de gin-seng, qu’il nous apporta toutes entières dans un panier. J’en pris une au hasard que je dessinai dans toutes ses dimensions, le mieux qu’il me fut possible. Je vous en envoie la figure que j’expliquerai à la fin de cette lettre.

 

Les plus habiles médecins de la Chine ont fait des volumes entiers sur les propriétés de cette plante ; ils la font entrer dans presque tous les remèdes qu’ils donnent aux grands seigneurs ; car elle est d’un trop grand prix pour le commun du peuple. Ils prétendent que c’est un remède souverain pour les épuisements causés par des travaux excessifs de corps ou d’esprit, qu’elle dissout les flegmes, qu’elle guérit la faiblesse des poumons et la pleurésie, qu’elle arrête les vomissements, qu’elle fortifie l’orifice de l’estomac et ouvre l’appétit, qu’elle dissipe les vapeurs, remédie à la respiration faible et précipitée en fortifiant la poitrine, qu’elle fortifie les esprits vitaux et produit de la lymphe dans le sang, enfin qu’elle est bonne pour les vertiges et les éblouissements et qu’elle prolonge la vie aux vieillards.

 

On ne peut guère s’imaginer que les Chinois et les Tartares fissent un si grand cas de cette racine, si elle ne produisait constamment de bons effets. Ceux même qui se portent bien en usent souvent pour se rendre plus robustes. Pour moi, je suis persuadé qu’entre les mains des Européens qui entendent la pharmacie ce serait un excellent remède, s’ils en avaient assez pour en faire les épreuves nécessaires, pour en examiner la nature par la voie de la chimie, et pour l’appliquer dans la quantité convenable, suivant la nature du mal auquel elle peut être salutaire.

 

Ce qui est certain, c’est qu’elle subtilise le sang, qu’elle le met en mouvement, qu’elle l’échauffe, qu’elle aide la digestion, et qu’elle fortifie d’une manière sensible. Après avoir dessiné celle que je décrirai dans la suite, je me tâtai le pouls pour savoir en quelle situation il était : je pris ensuite la moitié de cette racine toute crue, sans aucune préparation, et une heure après je me trouvai le pouls beaucoup plus plein et plus vif, j’eus de l’appétit, je me sentis beaucoup plus de vigueur, et une facilité pour le travail que je n’avais pas auparavant.

 

Cependant je ne fis pas grand fond sur cette épreuve, persuadé que ce changement pouvait venir du repos que nous prîmes ce jour-là. Mais quatre jours après, me trouvant si fatigué et si épuisé de travail qu’à peine pouvais-je me tenir à cheval, un mandarin de notre troupe, qui s’en aperçut, me donna une de ces racines : j’en pris sur-le-champ la moitié, et une heure après je ne ressentis plus de faiblesse. J’en ai usé ainsi plusieurs fois depuis ce temps-là, et toujours avec le même succès. J’ai remarqué encore que la feuille toute fraîche, et surtout les fibres que je mâchais produisaient à peu près le même effet.

 

Nous nous sommes souvent servis de feuilles de gin-seng à la place de thé, ainsi que font p.184 les Tartares et je m’en trouvais si bien, que je préférais, sans difficulté, cette feuille à celle du meilleur thé. La couleur en est aussi agréable, et quand on en a pris deux ou trois fois, on lui trouve une odeur et un goût qui font plaisir.

 

Pour ce qui est de la racine, il faut la faire bouillir un peu plus que le thé, afin de donner le temps aux esprits de sortir ; c’est la pratique des Chinois quand ils en donnent aux malades, et alors ils ne passent guère la cinquième partie d’une once de racine sèche. A l’égard de ceux qui sont en santé, et qui n’en usent que par précaution, ou pour quelque légère incommodité, je ne voudrais pas que d’une once ils en fissent moins de dix prises, et je ne leur conseillerais pas d’en prendre tous les jours. Voici de quelle manière on la prépare : on coupe la racine en petites tranches qu’on met dans un pot de terre bien vernissé où l’on a versé un demi-setier d’eau. Il faut avoir soin que le pot soit bien fermé : on fait cuire le tout à petit feu et quand de l’eau qu’on y a mise il ne reste que la valeur d’un gobelet, il faut y jeter un peu de sucre, et la boire sur-le-champ. On remet ensuite autant d’eau sur le marc, on le fait cuire de la même manière, pour achever de tirer tout le suc, et ce qui reste des parties spiritueuses de la racine. Ces deux doses se prennent, l’une le matin, et l’autre le soir…..

 

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