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aikido Bruxelles / estampes / shunga

 


 
 

 

Courte introduction au estampes japonaises dite « érotiques », ce qui, en l’occurence, n’est pas un qualificatif usurpé.

 

En ce début de printemps, comme à notre habitude, on aime à se laisser aller aux choses de la nature. Cette présentation, de Christophe Marquet (INSTITUT NATIONAL DES LANGUES ET CIVILISATIONS ORIENTALES, PARIS) avait été destinée à une exposition en 2008 à Paris. Nous la reprenons ici, et pour en remercier l’auteur, voici un lien vers une page où son abondante production d’écrits est répertoriée en détail (suivre le lien…). On y trouve entre autre la réédition en fac-similé du célèbre « almanach des maisons vertes » d’Utamaro, présenté et traduit par ses soins, que nous conseillons vivement aux vrais amateurs de l’art.

 

 

 

 aikido Bruxelles  / utamaro 1

 

 

 

 

Makura-e (« image d’oreiller »), warai-e (« image plaisante »), wajirushi (« impression japonaise »), higa (« image secrète »), enga (« image galante »), tsugai-e (« image de couple ») ou encore nure-e (« image affriolante ») : nombreux sont les termes argotiques et plus ou moins explicites qui furent utilisés pour nommer les estampes érotiques japonaises.aikido

 

Le plus connu d’entre-eux, shunga, viendrait de la contraction de l’expression chinoise chungonghua (jap. : shunkyûga) ou « image du palais du Printemps », du nom qui était donné au palais du prince héritier. Il fit son apparition dans la littérature française avec Edmond de Goncourt, qui découvrit avec fascination  ce type de gravure érotique dès le début des années 1860. L’écrivain et grand collectionneur usa du terme sous la graphie shungwa dans ses célèbres monographies consacrées à Utamaro (1891) et à Hokusai (1896), pour célébrer la fougue, le caractère excentrique et fantastique des « peintures de printemps » de ces deux maîtres de l’ukiyo-e.aikido

 Aikido Bruxelles / Utamaro / détail

 

Une dimension humoristique

 

Cette abondante production imprimée prit le relais, dans une version populaire, de la peinture érotique destinée originellement à l’aristocratie et dont les premiers exemples connus remontent au début du Moyen Âge, avec le célèbre Rouleau de la haie de branchages (Koshibagaki sôshi, fin XIIIe siècle), attribué à un maître de l’école Tosa, Sumiyoshi Keinin. Ces gravures, qui firent la prospérité des éditeurs de l’époque d’Edo (1600-1868), se distinguent par leur inventivité, la variété de leurs procédés graphiques, mais aussi par leur humour et leur manière de parodier les chefs-d’œuvre littéraires et artistiques du passé, voire les manuels et les encyclopédies populaires. Cela leur confère une épaisseur sémiotique qui dépasse dans beaucoup de cas la seule représentation de l’acte sexuel. La présence de textes et de dialogues dans la plupart des gravures contribue souvent à leur dimension humoristique.

 

 Aikido Bruxelles / Harukawa Goshiki detail 3

 

Si l’on ne croit plus guère aujourd’hui aux légendes qui conféraient aux shunga des vertus talismaniques, la question de leur réception et de leur usage reste néanmoins controversée. Certains, comme Timon Screech, y voient avant tout un objet pornographique, strictement masculin et à but onaniste, tandis que pour d’autres elles relèvent purement de la création fictionnelle et n’étaient donc pas l’objet d’une simple identification émotionnelle. Il est néanmoins certain que l’interdit qui fut attaché à ces gravures au Japon àpartir de la fin du XIXe siècle, sous l’influence de la morale occidentale, n’avait pas cours à l’époque d’Edo. Yanagisawa Kien, peintre et lettré, pourtant nourri par la pensée des philosophes confucéens, ne recommandait-il pas tout naturellement, dans un célèbre essai de jeunesse rédigé au début du XVIIIe siècle, de consulter des « images d’oreiller » pour se délasser du travail intellectuel et se revigorer, considérant ces ouvrages à l’égal des quatre « trésors du cabinet du lettré » ?aikido

 

Une importante production…

 

Les recherches menées au Japon ces dernières années et les nombreuses publications et fac-similés récents (et désormais non expurgés, depuis les années 1990, suite à un assouplissement de la loi) permettent de se faire une meilleure idée de la nature de ce corpus de la gravure érotique japonaise. Rappelons que ces œuvres sont en majorité anonymes et que leur attribution se fait donc essentiellement sur la base de caractéristiques stylistiques.aikido

 

Le catalogue le plus fiable, établi par Shirakura Yoshihiko en 2007, recense près de 800 livres illustrés et séries de gravures montées en album, sur les quelque 1200 qui auraient été produits selon les estimations de l’auteur, principalement au cours de l’époque d’Edo. La plupart des recensements antérieurs se fondent sur un catalogue manuscrit (Iroha betsu kôshokubon shunga fu Yoshiwara-mono yarô-mono mokuroku), probablement établi à l’époque de Meiji (1868-1912), qui dresse l’inventaire de quelque 730 titres licencieux et érotiques, livres et albums confondus, y compris les ouvrages consacrés au quartier de plaisir du Yoshiwara qui n’étaient pas interdits à la vente.aikido

 

Aikido Bruxelles / anonyme detail

Hayashi Yoshikazu (1922-1999), pionnier des recherches sur la gravure érotique, estimait quant à lui que le nombre total de livres licencieux (kôshoku-bon) et érotiques (enpon) antérieurs à 1868, pourrait s’élever à près de 3 000 œuvres. Il aurait réalisé un fichier manuscrit de plus de 2 000 titres, mais qui est resté inédit.

 

Malgré l’importance de cette production, les grandes expositions monographiques consacrées, au Japon, aux maîtres de l’estampe d’Edo que sont Harunobu, Utamaro ou Hokusai, pour ne citer que les plus célèbres, omettent de présenter cette dimension érotique pourtant essentielle de leur œuvre.aikido

 

La gravure érotique constitua en effet une large partie de la production du genre ukiyo-e. Certaines auteurs estiment qu’à ses débuts, dans le dernier quart du XVIIe siècle, plus de la moitié des gravures et des illustrations des albums concernaient le domaine érotique. Durant l’âge d’or de l’estampe japonaise, entre un dixième et un tiers de l’œuvre des plus grands maîtres aurait relevé de ce genre. Le Gasen (« La Nasse à peinture »), l’un des tout premiers manuels de peinture, publié en 1721 à Ôsaka par un artiste issu de l’école officielle des Kanô, Hayashi Moriatsu, et qui connut une large diffusion au XVIIIe siècle, comporte ainsi un chapitre consacré au « Corps humain et à la manière d’exécuter des peintures de printemps ou images d’oreiller licencieuses » (« Nintai narabi ni kôshoku shunga [makura-e] no hô »), preuve que la réalisation de dessins érotiques faisait partie de la formation de base des artistes à cette époque.

 

Aikido Bruxelles / Katsukawa Shunshô (1726-1792) détail

C’est paradoxalement au cours de la période d’Edo où le monde de l’édition, en plein essor, était soumis à un contrôle strict par le pouvoir, que se développa la gravure érotique. Les mesures d’interdiction qui, à partir du début du XVIIIe siècle (édits sur l’édition de 1722, 1790 et 1842 en particulier), frappèrent les « livres licencieux » (kôshoku-bon) et les estampes érotiques jugées « contraires aux bonnes mœurs » n’eurent en réalité que relativement peu d’incidences sur cette production qui devint dès lors clandestine. Ces livres et ces gravures continuèrent en effet d’être diffusés très largement, mais de manière anonyme ou sous des noms d’emprunt, notamment grâce à un réseau très bien organisé de loueurs de livres (kashihon-ya) : au début du XIXe siècle, la ville d’Edo en comptait à elle seule plus de 650 et celle d’Ôsaka, environ 300. Daisô, célèbre loueur de livres de Nagoya, ville provinciale d’importance moyenne à l’époque d’Edo, comptait à son catalogue plus de 800 livres érotiques, ce qui laisse imaginer l’importance de ce commerce.

 

Parallèlement à ces gravures et à ces livres prohibés se développa une production d’images suggestives mais à caractère non explicitement sexuel, appelées abuna-e (littéralement « images risquées »), signées par leurs auteurs et dont les éditeurs étaient en droit de faire le commerce.aikido

 

Quelques célèbres affaires de censure

 Aikido Bruxelles / UTAMARO 3 /  DETAIL

 

On connaît quelques affaires célèbres de censure pour raison morale – comme celles qui touchèrent l’écrivain et illustrateur Santô Kyôden et son éditeur Tsutaya Jûzaburô en 1791 ou l’écrivain Tamenaga Shunsui et huit éditeurs d’Edo en 1841-1842 –, mais elles concernaient surtout des genres littéraires populaires (share-bon, ninjô-bon) qui, bien que prenant pour cadre les quartiers de plaisir, n’appartenaient pas au registre érotique à proprement parler. Seule, dans le cas de l’affaire de 1841, fut saisie, en même temps que des ouvrages littéraires, une importante quantité de planches gravées qui avaient servi à l’impression de livres érotiques. Le nombre d’œuvres érotiques conservées aujourd’hui et le peu d’incidents recensés pour l’époque d’Edo suggèrent que le contrôle gouvernemental fut en réalité particulièrement complaisant dans ce domaine.

 

Le pouvoir était plus sévère à l’égard de ce qu’il jugeait contraire à l’ordre social que de ce qui relevait de l’« obscénité » et c’est pour cette raison par exemple qu’aurait été interdit un célèbre album de Nishikawa Sukenobu (1671-1750), Hyakunin jorô shinasadame (« Comparaison des qualités de cent femmes »), publié à Kyôto en 1723 – peu après l’édit contre les livres licencieux –, alors que le même artiste ne semble jamais avoir été inquiété pour ses nombreux livres érotiques (on lui en attribue plus d’une quarantaine). On lui aurait reproché en effet d’avoir représenté dans un même ouvrage, qui offre à travers une centaine de portraits un panorama complet du monde féminin japonais, des impératrices et des femmes de cour aux côtés de courtisanes et de prostituées des rues. Selon certaines sources de l’époque d’Edo, c’est la publication d’une version érotique (non conservée) de ce même album qui lui aurait valu d’être censuré. Quoi qu’il en soit, ce cas resta très isolé.aikido

 

Aikido Bruxelles / Shunga /  Anonyme / détail

La transformation des procédés techniques permit de passer des gravures imprimées en noir et rehaussées de quelques couleurs à la main (urushi-e), aux estampes imprimées à l’aide de deux ou trois couleurs (benizuri-e), puis aux gravures richement colorées (nishiki-e) de la fin du XVIIIe siècle, imprimées à l’aide de plusieurs planches de bois, et dont Harunobu passe pour être le premier à avoir fait usage.

 

La plupart de ces gravures appartenaient à l’origine à des « séries » (kumimono) de douze planches réunies en albums, qui furent démontées pour être vendues séparément. Ce principe de la douzaine, explique le manuel de peinture Gasen, viendrait du nombre des épouses impériales défini dans un traité de la fin des Han sur les règles de cour, le Duduan (« De la gouvernance ») de Cai Yong, et symboliserait aussi les mois de l’année.aikido

 

 

 

Illustrations, de haut en bas :aikido

 

Eizan Kikugawa (1787 – 1867)

Eizan was the most prolific, longest-lived and ultimately the best of the late followers of Utamaro, who attempted to carry on the master’s bijin style after his death in 1806. Along with Kikumaro, Tsukimaro and Utamaro II, Eizan has generally been dismissed by connoisseurs as a plagiarist of Utamaro’s late style, but his work developed, like that of most ukiyo-e artists, from a close identification with a leading master to a studied independence.Unlike the artists with whom he is often associated, Eizan was not an actual pupil of Kitagawa Utamaro, but studied originally with his father, Kikugawa Eiji, a Kano style painter and fan maker, and later with the Shijo artist Suzuki Nanrei and the Hokusai pupil Hokkei. He produced some remarkable triptychs and vertical diptychs, as well as a few surimono. He seems to have retired from printmaking in the late 1820s, though he did contribute illustrations for books even quite late in his life.

Utamaro Kitagawa (1753 – 1806)aikido

Voir Wikipedia

Utamaroaikido

Harakuwa Goshiki 

Harukawa Goshichi was born in Edo and in 1818 he moved to Kyoto. At the beginnning of his career he drew and published portraits of actors as well as surimono. Goshichi also wrote and illustrated his own novels. He was possibly a pupil of Harukawa Eizan, from whom he took his name.aikido

Anonyme

Katsukawa Sunsho (1726 – 1792)

Utamaroaikido

Anonyme

Yanagawa Shigenobu (柳川 重信?, 1787-1832)aikido

Voire Wikipedia

 

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