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Buste de Machiavel (attribué à Antonio Pollaiuolo. Musée du Bargello, Florence, Italie)

 

 

 

Ca fait lontemps qu’on n’était pas revenus sur Machiavel.


Voici une texte extrait des « Discours sur la première décade de Tite-Live » (1531) dans lequel Machiavel, fidèle par anticipation à la réputation qui sera la sienne, se montre d’une acuité peu commune.


Quelqu’un, beaucoup plus tard, articulera à la loi, le désir. Machiavel, semblablement, bien que dans un rapport inverse, y articule  la dissension et le désordre, en tant que c’est de ceux-ci que surgit la loi, comme prise en compte de la liberté, mais de tous, dont désordre et dissension auront été l’articulation.


Comme quoi  l’ordre, quand il se veut moral, et par la barrage dressé, dans les idées, devant la dissenssion et le désordre, est le signe que la loi renonce à la démocratie puisque la liberté du peuple, donc de tous, ne s’y trouvera pas inscrite.

 

 

 

LES DISSENSIONS, ASPECT NÉCESSAIRE DE là LIBERTÉ.


La désunion entre le peuple et le sénat de Rome lut cause de la grandeur et de la liberté de la république.



Je ne veux point passer sous silence les désordres qui régnèrent dans Rome depuis la mort des Tarquins jusqu’à l’établissement des tribuns; je m’élèverai en outre contre les assertions de ceux qui veulent que Rome n’ait été qu’une république tumultueuse et désordonnée, et qu’on eût trouvée bien inférieure à tous les autres gouvernements de la même espèce, si sa bonne fortune et ses vertus militaires n’avaient suppléé aux vices qu’elle renfermait dans son sein.


Je ne nierai point que la fortune et la discipline n’aient contribué à la puissance des Romains ; mais on aurait dû faire attention qu’une discipline excellente n’est que la conséquence nécessaire des bonnes lois, et que partout où elle règne, la fortune, à son tour, ne tarde pas à faire briller ses faveurs.


Mais venons-en aux autres particularités de cette cité. Je dis que ceux qui blâment les dissensions continuelles des grands et du peuple me paraissent désapprouver les causes mêmes qui conservèrent la liberté de Rome, et qu’ils prêtent plus d’attention aux cris et aux rumeurs que ces dissensions faisaient naître, qu’aux effets salutaires qu’elles produisaient. Ils ne veulent pas remarquer qu’il existe dans chaque gouvernement deux sources d’opposition, les intérêts du peuple et ceux des, grands; que toutes les lois que l’on fait au profit de la liberté naissent de leur désunion, comme le prouve tout se qui s’est passé dans Rome, où, pendant les trois cents ans et plus qui s’écoulèrent entre les Tarquins et les Gracques, les désordres qui éclatèrent dans ses murs produisirent peu d’exils, et firent couler le sang plus rarement encore.


On ne peut donc regarder ces dissensions comme funestes, ni l’État somme entièrement divisé, lorsque durant un si long cours d’années ces différends ne causèrent l’exil que de huit ou dix individus, les condamnations à l’amende de bien peu de citoyens, et la mort d’un plus petit nombre. On ne peut donc en aucune manière appeler désordonnée une république où l’on voit éclater tant d’exemples de vertus; car les bons exemples naissent de la bonne éducation, la bonne éducation des bonnes lois, et les bonnes lois de ces désordres mêmes que la plupart condamnent inconsidérément.


En effet, si l’on examine avec attention la manière dont ils se terminèrent, on verra qu’ils n’ont jamais enfanté ni exil ni violences funestes au bien public, mais au contraire qu’ils ont fait naître des lois et des règlements favorables à la liberté de tous. Et si quelqu’un disait : « Mais n’est-ce pas une conduite extraordinaire, et pour ainsi dire sauvage, que de voir tout un peuple accuser à grands cris le sénat, et le sénat, le peuple, les citoyens courir tumultueusement à travers les rues, fermer les boutiques, et déserter la ville? », toutes choses qui épouvantent même à la simple lecture. Je répondrai que chaque État doit avoir ses usages, au moyen desquels le peuple puisse satisfaire son ambition, surtout dans les cités où l’on s’appuie de son influence pour traiter les affaires importantes. Parmi les États de cette espèce, Rome avait pour habitude, lorsque le peuple voulait obtenir une loi, de le voir se livrer aux extrémités dont nous venons de parler, ou refuser d’inscrire son nom pour la guerre; de sorte que, pour l’apaiser, il fallait le satisfaire sur quelque point.


Le désir qu’ont les nations d’être libres est rarement nuisible à la liberté, car il naît de l’oppression ou de la crainte d’être opprimé. Et s’il arrivait qu’elles se trompassent, les harangues publiques sont là pour redresser leurs idées; il suffit qu’un homme de bien se lève et leur démontre par ses discours qu’elles s’égarent. Car les peuples, comme l’a dit Cicéron, quoique plongés dans l’ignorance, sont susceptibles de comprendre la vérité, et ils cèdent facilement lorsqu’un homme digne de confiance la leur dévoile. Soyons donc avares de critiques envers le gouvernement, romain, et faisons attention que tout ce qu’a produit de meilleur cette république provient d’une bonne cause. Si le tribunal doit son origine au désordre, ce désordre même devient digne d’éloges, puisque le peuple obtint par ce moyen sa part dans le gouvernement, et que les tribuns furent les gardiens des libertés romaines.





 



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