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De E. Aubouin, in Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient (Année 1927, Volume 27, Numéro 1 p. 406 – 410) voici une lecture critique du livre de  lnazo Nitobe, «  Le Bushido. L’âme du Japon  » (Paris, Payot, 1927).

 

La notion de « giri » est ici fondamentale et explique bien des choses, si on la comprend bien. Nitobe traduit littéralement « giri » par « raison droite »; il s’agit d’un sentiment de devoir, mais sous la forme d’une contrainte et non d’une détermination de la liberté, un sentiment très intériorisé d’obligation, de « devoir rendre », donc d’être en dette, dette tellement puissante, qu’elle impliquerait, pour l’acquitter, de faire preuve d’une sincérité absolue, c’est à dire d’une absence absolue de duplicité, qui est à prendre au pied de la lettre, dans le sens d’une « unilatéralité » de l’être ramené sur un plan facial, sincérité dont seul le sacrifice entier du corps, réduit à un plan sans altérité, peut témoigner.

 

Le meilleure texte sur la question se trouve sans doute dans  le livre de Maurice Pinguet, « La mort volontaire au Japon », (Paris, 1984) ouvrage éclairant s’il en est. Professeur de littérature à Tokyo, Maurice Pinguet, qui passe en revue la place du suicide dans l’histoire japonaise, est en effet confronté à la notion de bushidô. Il comprend que la mort volontaire y est un moyen de se libérer de devoirs contradictoires en authentifiant, par un acte suprêmement décisif, la sincérité du vouloir sans laquelle il n’est point de vertu au Japon.

 

Il s’agit bien d’une forme de « martyrisme ». Le martyr a indéniablement pour « mission », hors de toute économie politique, de confirmer pour ceux de son groupe d’appartenance (nation…), en l’objectivant dans le réel, l’idée de supériorité que le groupe entend conserver à tout prix, et sans qu’aucun doute ne puisse l’entacher, sur tout ce qui l’entoure, sur ce qui lui est autre, et c’est bien pour cela que le martyr est toujours un héros national, comme le montre bien les débuts du Christianisme et l’Islam actuel. Il n’est pas interdit de penser que l’Islam radical (le Chiisme, dans sa version iranienne « pathologisée », est un martyrisme par excellence) ne soit pas dans un « conflit de martyr » avec le judaïsme, qui n’entend pas se faire voler la palme en la matière.

 

Le martyr est donc nécessairement, comme tel, un spectacle, ce que les anciens Romains avaient bien compris en faisant « monter » les suppliciés sur scène dans les arènes, la mise en scène du seppuku en étant un autre exemple.

 

 

 

 

On peut aussi lire à ce sujet le livre de Ruth Benedict, « Le Sabre et le Chrysanthème » (publié en 1946). Anthropologue américaine éclairée à laquelle le gouvernement américain, interloqué par l’acharnement irrationelle des japonais, avait commandé pendant les conflits une analyse de la « mentalité japonaise ».

 

Ruth Benedict, bien que ne parlant pas japonais et dans l’incapacité de se rendre sur place à cause de la guerre, étudie la culture japonaise à travers sa littérature, des articles de presse, films, reportages, mais aussi des interviews de prisonniers de guerre qu’elle mène elle même. Les Japonais considèrent encore qu’il s’agit là d’une des meilleures descriptions qu’on ait jamais faite d’eux.

 

 

 

Cet ouvrage n’est pas tout à fait un nouveau venu. C’est, en effet, vers 1901 que parut la première édition anglaise. Mais les critiques qu’elle a suscitées semblent être passées inaperçues, si l’on en juge par le nombre d’éditions atteint. En tout cas, c’est la première fois que ce livre est présenté au public français, en français, et il n’est pas inutile de redire à son sujet quelques vérités essentielles.

 

Le terme bushidô a été créé, à la fin du siècle dernier, par le vicomte Yainaoka, sans doute sur le modèle du mot shintô. Yamaoka se proposait, au cours des conférences où il employa le mot pour la première fois, non pas d’exposer un prétendu code du Samurai, mais de dicter à ses concitoyens des préceptes moraux renouvelés du confucianisme et du bouddhisme et adaptés à la vie moderne. Il faut croire que ce mot n’éveillait pas grand écho dans leur esprit, puisque jusqu’en 1904, où parut le Dictionnaire japonais-français de Lemaréchal, aucun lexique ne lui avait encore donné asile  et M. Bellessort ne se rappelle pas l’avoir entendu au Japon avant son second voyage de 1914. Entre temps il s’était transformé. Au lieu de désigner une morale nouvelle, il était devenu, sous la plume de M. N., un fait historique. Il avait fallu, toutefois, que ce nouveau-né à peine viable allât chercher à l’étranger vigueur et santé.

 

L’existence et la teneur des conférences de Yamaoka suffirait à enlever tout crédit à la thèse de M. N. (Nitobé). Si un doute subsiste encore dans l’esprit du lecteur, qu’il veuille bien se reporter aux « preuves » que donne l’auteur : « Le Bushidô, dit-il (p.32), était le code des principes qui étaient enseignés aux chevaliers et qu’ils étaient tenus d’observer. Ce n’est pas un code écrit ; il consiste surtout en certaines maximes —ou transmises oralement ou transcrites par la plume — formulées par quelque guerrier fameux ou par quelque savant célèbre. Le plus souvent, c’est un code qui, n’étant ni énoncé ni écrit, bénéficie d’autant plus de cette consécration puissante que confère à la fois le fait réel et la loi non écrite.» Nous ne nous payons pas de mots, comme l’auteur de cette belle phrase, et nous demandons à connaître ce qui est écrit. Or, le seul texte que citera M. N. est le Bukke Haito, et c’est pour déplorer qu’il ne s’y trouve rien sur la question (p. 33). La vérité historique est quand même plus exigeante que M. N. ne semble le croire.

 

Quels sont donc les mobiles qui ont présidé à l’invention du bushidô?

 

 

 

 

Tout le monde s’accorde à reconnaître aux Japonais la discrétion, le self-restraint, et, plus encore, le souci constant de soustraire leur moi aux investigations de leurs amis et de leurs proches eux-mêmes. ll faut être logique et ne pas leur demander d’aller spontanément exposer aux étrangers ce qu’ils se cachent aussi soigneusement les uns aux autres. Ce n’est plus seulement l’amour-propre individuel qui est en jeu, mais l’honneur national.

 

Des siècles de frottements internationaux, de guerres, d’échanges intellectuels avec nos voisins nous ont rendus relativement calleux, et nous étalons avec impudeur nos défauts dans des ouvrages que nous savons devoir être immédiatement traduits et commentés au delà de nos frontières. Les Japonais, au contraire, ont vécu jusqu’au milieu du XIXe siècle, à peu près complètement à l’écart des autres pays, ne connaissant d’eux-mêmes que ce qu’ils en affirmaient. Cet isolement était la coquille à l’abri de laquelle leur susceptibilité a conservé la délicatesse d’une tendre muqueuse. Brutalement les traités de 1854 et des années suivantes les mettent en contact avec le reste du monde. L’étranger, dont ils avaient fait abstraction, reparaît au premier plan.

 

Il va jouer un rôle considérable dans leur existence nationale. Ils seront contraints de solliciter, provoquer, multiplier les contacts et les échanges : création d’organismes semblables à ceux de l’Occident, appel à des maitres étrangers, sacrifice aux nécessités nouvelles de beaucoup d’anciennes traditions. Ils sont obligés de se soumettre aux conseils des étrangers et de se référer continuellement à leur opinion. Ce bouleversement est tellement profond qu’il atteint toutes les classes et chaque Japonais, quel que soit son rang, se demande à chaque instant : « Que penseraient les étrangers de ce que je vais faire ou dire ? » Les conseils maladroits de certains étrangers, des critiques inintelligentes ou malveillantes ne font qu’accroître ce malaise.

 

On peut distinguer deux périodes.

 

Dans la première, le Japon a perdu l’initiative des opérations. Il a fort à faire pour maintenir l’équilibre entre les irréductibles qui se cachent la tête dans le sable et ne veulent aucun contact avec l’Occident, et les emballés qui, ne sachant au juste quoi prendre et quoi laisser, de crainte de négliger un seul des éléments qui font la force des nations étrangères, veulent balayer tout et adopter en bloc, coutumes, costume et langue de l’une d’elles. L’heure des modérés, comme Okakura Kakuzô, qui essaient de faire la part des traditions et des réformes, n’est pas encore venue. Cette situation est très humiliante et de temps à autre des mouvements de révolte se dessinent contre la suzeraineté des idées étrangères.

 

 

 

 L’empereur Meiji jeune & en fin de vie

 

 

Elles annoncent la seconde période, celle où les Japonais ayant à peu près équilibré leur vie sociale sur les bases nouvelles reprennent l’initiative. Ils voient plus clair dans notre civilisation, savent mieux choisir et reprennent confiance en eux-mêmes. L’apogée de cette période date des succès militaires contre la Chine et la Russie. Désormais, encouragés par quelques étrangers enthousiastes, ils croient pouvoir soutenir que le Japon a rattrapé et même dépassé l’Occident. Quelques-uns vont plus loin et cherchent à réhabiliter l’ancienne civilisation japonaise en soutenant que les transformations de l’ère Meiji en sont la conséquence normale, qu’elles ont été préparées et, mieux encore, devancées. L’ancien Japon contenait en germe ce que l’Occident a cru lui apporter et possédait souvent mieux.

 

Malheureusement, les Japonais ont été trop obsédés par le « qu’en diront les étrangers ? ». Dans ces tentatives ils restent trop souvent prisonniers de la crainte du ridicule et c’est un Japon dépouillé de ses originalités, paré de caractères empruntés à notre histoire occidentale, accommodé à la sauce européenne, dont ils nous font le portrait.

 

Le Bushidô de M. N. est un exemple concret des tendances que je viens d’exposer, de l’aveu même de sa préface (p. 19-20) :

 

Il y a environ dix ans, alors que je passais quelques jours sous le toit hospitalier du distingué juriste belge, le regretté M. de Laveleye, notre conversation, au cours d’une de nos promenades, tomba sur la religion. — « Voulez-vous dire, demanda le vénéré professeur, que vous n’avez aucun enseignement religieux dans vos écoles ?» — Sur ma réponse négative, il s’arrêta soudain fort surpris, et, d’une voix que je n’oublierai de longtemps, il répéta : « Pas de religion ! Comment alors arrivez-vous à donner une éducation morale ?» — La question me laissa tout d’abord désemparé. Je fus incapable d’y répondre, car ce n’est pas à l’école que m’avaient été donnés les préceptes moraux qu’on m’avait inculqués dans mon enfance ; et ce n’est que lorsque j’eus commencé à analyser les divers éléments dont se composaient mes notions du bien et du mal que je m’aperçus qu’elles m’avaient été suggérées et comme soufflées par le Bushidô.

 

« Ce qui a été la raison déterminante de ce petit livre, ce sont les questions fréquentes que me posait sans cesse ma femme sur les motifs qui avaient fait prévaloir au Japon telles coutumes et telles idées.

 

« En essayant de répondre d’une manière satisfaisante à M. de Laveleye et à ma femme, je m’aperçus que, — à moins d’avoir compris l’époque féodale et le Bushidô — les idées morales du Japon actuel resteraient lettre close. »

 

M. N. découvre soudain une prétendue lacune dans le système d’éducation japonais. Il y va, pense-t-il, de l’honneur de son pays. Il faut absolument se justifier et retourner l’argument contre l’Occident. Qu’aurions-nous fait à sa place? Nous aurions répondu : « Mais nous donnons une éducation morale à nos enfants ; pas à l’école, c’est vrai, mais dans la famille. » C’est bien, en effet, le sens de la phrase de M. N. : « Ce n’est pas à l’école que m’avaient été donnés les préceptes qu’on m’avait donnés dans mon enfance. ». Mais… ce ne serait pas japonais et contredirait les tendances que je viens de mettre en relief. Un Japonais tourne septante fois sept fois sa langue dans sa bouche avant de faire une réponse aussi grave. Si les Européens allaient trouver ridicule l’enseignement confucianiste et bouddhiste tel qu’il est donné aux enfants japo­nais ! C’est seulement après l’avoir contrôlé au moyen d’ « autorités » occidentales et avoir soumis le résultat à sa femme américaine qu’il se risquera à donner une réponse.

 

Son livre est farci de citations empruntées à une centaine d’auteurs (la liste, d’ailleurs incomplète, figure à la fin du volume). Malheureusement M. N. commet une erreur fondamentale en nous attribuant une tournure d’esprit que le XVIIIe siècle a fini de détruire chez nous, mais qui subsiste au Japon. L’autorité d’un nom ne confère pas à une opinion une valeur scientifique indiscutable ; et même s’il en était ainsi, les « autorités » invoquées par M. N. sont par trop mélangées. Nous y trouvons les prophètes de l’Ancien Testament, les philosophes grecs et allemands, les encyclopédistes, Bismarck, des romanciers, des poètes, Shakespeare, des pasteurs américains, des auteurs d’ouvrages pour la jeunesse, etc.

 

 

Image tirée du film « Hara Kiri » (Masaki Kobayashi)

 

 

Cette fausse érudition ne nous convainc nullement. Elle a par contre joué plus d’un mauvais tour à l’auteur de Bushidô. Voyez le chapitre burlesque (p. 161-165) où, avec l’aide de Shakespeare, Moïse, Isaïe, Jérémie, David, etc., il nous démontre que le ventre est le siège de l’âme et, par conséquent, le harakiri, le mode le plus raisonnable de se suicider.

 

Si nous prenions au sérieux certaines de ses tirades, nous pourrions tirer du livre lui-même les arguments les plus cruels contre sa thèse. P. 59 : «Je peux dire du giri ce que Scott écrivait du patriotisme : que « comme il est le plus beau des sentiments, il est souvent aussi le masque le plus suspect d’autres sentiments ». Placé au-dessus de la raison droite, le giri devint une monstrueuse erreur. Il abritait sous ses ailes toutes sortes de sophismes, d’hypocrisies. ». P.111: « Si elle (l’intégrité commerciale) n’est pratiquée que parce qu’elle rapporte plus d’argent (contresens sur l’expression : it pays to be honest) que la mauvaise foi, je crains bien que le Bushidô ne préfère mentir. ». Ce qui n’est pas une vaine menace : p. 156: « La parole est très souvent pour nous, comme la définit le Français, l’art de déguiser sa pensée. ». P. 256: « … le Christianisme au près duquel le Bushidô, il faut le confesser, est comme « un pâle lampion fumant  » que le Messie était appelé, non à éteindre, mais à rallumer. »

 

Mais il ne faut pas prendre à la lettre ces accès aigus de rhétorique qui ont été provoqués par le besoin de placer les citations qui les émaillent. L’auteur ne peut se retenir quand une phrase lapidaire se présente à son esprit, telle que celle-ci : « L’agrégat des éléments psychologiques qui constituent un caractère national est aussi solide que les éléments irréductibles de l’espèce : ceux qui constituent les nageoires des poissons, le bec des oiseaux, les dents des carnivores » (p. 229). Mais il n’hésite jamais, non plus, à se contredire et toutes ses affirmations vont, comme les proverbes, par paires qui se détruisent. Un exemple suffira. Il s’agit de l’existence même du bushidô. P. 236. « La transformation du Japon est un fait patent pour tout le monde. Dans un phénomène de cette ampleur, il entre naturellement des causes très variées ; mais, s’il y en a une qui mérite d’être appelée la principale, personne n’hésitera à nommer le Bushidô.». P. 252 : « Du moment que les conditions de la société sont changées au point d’être devenues non seulement contraires, mais hostiles au Bushidô, l’heure est venue pour lui de se préparer à d’honorables funérailles.». P. 231 «ll n’y a aucun doute sur la vitalité qu’il conserve.». P. 250 : « Adieu les vertus chevaleresques ! adieu la fierté du Samourai! La moralité, venue au monde au son des clairons et des tambours, est destinée à disparaître comme « disparaissent les capitaines et les rois. ». P. 229 : « Est-ce que la civilisation occidentale, en pénétrant dans notre pays, a déjà effacé toute trace de l’ancienne discipline ? Ce serait une chose bien triste que l’âme d’une nation pût mourir si vite. Ame bien misérable que celle qui succomberait si facilement sous des influences extérieures. »

 

Pour reposer le lecteur de tout ce fatras de citations et de déclamations, nous lui mettrons sous les yeux quelques opinions originales de l’auteur. P. 192 : «… l’idéal le plus élevé de la chevalerie était la paix. Il est grand dommage que ce haut idéal ait été laissé exclusivement à la prédication des prêtres et des moralistes, cependant que le Samourai s’adonnait à la pratique et à l’exaltation des choses martiales. ». P. 74 : « Bushidô accueillit et corrobora un gouvernement paternel, paternel aussi comme opposé au gouvernement avunculaire (sic) le moins intéressé, celui de l’Oncle Sam, par exemple. ». P. 191 : « Etre battu, c’est conquérir » signifiant que la véritable conquête consiste à ne pas faire acte d’adversaire séditieux. ». P. 248 : «Et le Bushidô était un trust organisé par ceux qui monopolisaient les réserves de capital de l’intelligence et de la culture et qui fixaient la hiérarchie et la valeur des qualités morales. ».

 

 

Carte postale caricaturale d’époque sur la guerre russo-japonaise

 

Quelle est la cause du succès du mot bushidô et de l’ouvrage de M. N. à l’étranger ? C’est, je crois, cette mystique qui nous fait toujours chercher quelque chose de nouveau sous le soleil. Quand le Japon eut vaincu la Russie, tous les yeux se tournèrent vers lui et on chercha à déterminer les raisons de sa victoire. Elles sont toujours les mêmes : la force, la préparation, la sagesse, la ténacité, etc., de l’un des adversaires ; la faiblesse, l’imprévoyance, le découragement, les conditions matérielles défavorables de l’autre.

 

Or, Teruaki Kobayashi, dans La Société Japonaise (Alcan, 1914), a relevé (p. 36 à 41), 19 opinions tant japonaises qu’étrangères. Elles se rapportent toutes au Japon ; aucune n’a trait à la situation matérielle, géographique ou morale de la Russie. Extraordinaire problème où de deux facteurs un seul compte.

 

La dixième des 19 raisons auxquelles, d’après M. Kobayashi, a été attribuée la victoire du Japon, est le bushidô. Voici ce qu’il en dit (p. 38): « C’est l’opinion d’un certain nombre de Japonais, bien que chez nous rien n’ait encore été publié sur le rôle du bushidô dans la guerre russo-japonaise ; c’est surtout l’opinion des étrangers : il semble qu’ils voient en lui la véritable explication de la victoire, témoin certain article du London Times et d’autres organes de la presse occidentale. »

 

Il était en effet plus séduisant de chercher une sorte de cause magique, quelque chose comme le « facteur formidable » du Colonel Repington, plutôt que de recourir à la saine raison et d’ouvrir les yeux à la faiblesse grandissante de la Russie.

 

Il n’y a jamais eu au Japon une chevalerie à la façon de la nôtre, avec des règlements énoncés, un nom, une initiation, des épreuves. Il n’y a rien d’humiliant pour les Japonais dans ce fait. Ils ont autre chose à nous montrer dans leur histoire : des clans, de grandes familles, des associations, telle celle des Otokodate, des grands hommes. M. N. cite, en l’approuvant, ce passage de La Mazelière « Vers le milieu du XVIe siècle tout est confusion au Japon, dans le gouvernement, dans la société, dans l’Eglise. Mais les guerres civiles, les mœurs retournées à la barbarie, la nécessité pour chacun de se faire justice soi-même : tout cela forma des hommes comparables à ces Italiens du XVlè siècle ».

 

Voilà ce que M. Nitobé aurait pu nous montrer.

E. AUBOUIN.

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