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On vous propose ce texte savant pour, à nouveau, resituer certains éléments de notre pratique dans un contexte un peu sérieux. Répétons si c’est nécessaire que le but n’est en rien de nous – ni de vous – prendre pour des japonais. Au contraire, nous nous sommes déjà expliqués sur le décrochage radical dans l’Universel que Maître Hirokazu Kobayashi a opéré en ce qui concerne sa pratique de l’aïkido et nous vous invitons à penser la distinction que nous faisons entre folklore – ce qui se répète – et tradition – ce qui se réorganise dans le temps qui vient.  Le but n’est pas non plus de faire de vous des savants mais il nous semble justifié, comme nous l’avons fait en ce qui concerne l’Ômoto kyô de vous offrir quelques repères.


Ce qui nous sert d’introduction à chaque cours d’aïkido s’appelle en japonais « Misogi waza (technique) undo (+/- exercice) ». Il ne s’agit pas d’une gymnastique mais bien d’un Misogi et c’est sur ce terme que ce texte vient apporter quelques lumières. On vous offrira une autre fois l’enseignement descriptif  – que nous avons gardé par écrit – de Maître Kobayashi sur Misogi waza undo (transcrit d’ailleurs de notes japonaises).

 

Nous nous sommes cette fois permis de prélever ce texte du livre de Jean Herbert consacré au Shintô (édition du Seuil, 1964) qui semble indisponible et non réédité. On peut aussi vous conseiller « Histoire du Japon, entre Chine et Pacifique, Danielle Elisseeff, Éditions du Rocher, Paris, 2001 » mais qui n’est pas directement consacré au Shinto.


 

 

Shimenawa

A sacred rope marking the presence of a god or the border of a sacred area.

 

 

 

En Shintô, le but de la discipline spirituelle et de la recherche mystique est généralement décrit comme la « pacification» ou l’ « apaisement» de l’âme (mitama-shizume, chin-kôn). Comme dans toutes les autres religions, les exercices en rapports directs avec la transformation du moi intérieur sont précédés et accom­pagnés d’autres exercices, de nature en apparence plus matérielle et mécanique, qui visent à la purification.

 

La description la plus méthodique que j’ai pu obtenir de l’en­semble des opérations m’a été fournie par l’école du Yamakage Shintô. La voici :

 

Le misogi-haraï conduisant au chin-kôn doit comporter quatre stades différents, dont chacun comprend yoshi-baraï et ashi-baraï, littéralement purification du bien et purification du mal. Ce sont:

 

1-  Le misogi-haraï du corps, dans lequel on doit:

a) se débarrasser par un bain de la saleté extérieure;

c) se débarrasser des toxines qui sont à l’intérieur du corps en purifiant les intestins et le sang;

d) ajuster son alimentation et son sommeil;

e) assujettir son corps à une règle, par des mouvements « qui lui confèrent la divinité »;

f)  purifier le corps astral.

2-  Le misogi-haraï du cœur, dans lequel on doit:

a) s’engager dans une vie purifiée isolée de la vie mentale impure, c’est-à-dire s’efforcer d’installer en soi-même les concepts de la vie, de l’âme, de l’univers et de la Divinité, afin de réali­ser la Il vie fondamentale » par la paix, la tranquillité, la tolé­rance et la placidité;

b) pratiquer l’unité mentale, que ne peut jamais affecter l’impureté;

c) s’élever purifié à une conscience plus haute et plus vaste.

3 Le misogi-haraï du milieu, dans lequel on doit :

a) nettoyer le milieu où l’on vit;

b) s’abstenir de paroles sombres et décourageantes et n’em­ployer que des paroles lumineuses;

c) éviter les conversations inutiles et s’efforcer d’apaiser son âme;

d) servir et secourir autrui; aider soi-même et autrui à manifester une plus grande dévotion envers les Kami.

4 Le misogi-haraï de l’âme, dans lequel il y a :

a) unification purifiée de l’âme;

b) purification par l’âme sainte qui répand la lumière comme le soleil;

c) ascension dans le monde « aux dimensions plus hautes et plus vastes ».

 

Après quoi vient le chin-kôn.

 

Considéré isolément et stricto sensu, le misogi est « un pro­cédé consistant à rejeter du corps et de l’esprit le péché et la pollution par l’usage de l’eau … une purification effectuée dans un cours d’eau ou dans la mer ». Son élément essentiel est par conséquent le bain froid. Dans la pratique toutefois, et qu’il soit ou non combiné avec le mot baraï, le mot misogi, pris lata sensu, désigne « tout le processus de la discipline spirituelle et n’embrasse pas unique­ment toutes les pratiques destinées à rejeter impuretés et désa­gréments et à purifier le corps et l’esprit », mais tous les stades que nous venons d’énumérer.

 

Considéré isolément, haraï, autrefois prononcé haraë, et par­fois écrit et prononcé -baraï en composition, désigne « les céré­monies shintô de purification, la prière aux Dieux qui écarte tous péchés, toutes pollutions et tous désastres, le retour à un état dans lequel on peut s’approcher des Dieux en purifiant son corps et son esprit. Le mot shugyô, ou simplement gyô. qui a des associations d’idées bouddhiques, désigne les «exercices mentaux », mais embrasse également tout ce qui peut contribuer au travail de formation mentale et notamment «les ablutions sous des cas­cades, l’ascension des montagne, le jeûne, etc. ».

 

Disons tout d’abord que pour recueillir tout le fruit de son misogi, le shintôiste doit pendant la période immédiatement pré­cédente se soumettre à certaines règles précises. Ces règles varient naturellement selon les sectes et les écoles, mais d’une façon générale il faut prendre des aliments simples en petite quan­tité, suivre un régime végétarien, s’abstenir d’alcool, de thé et de café, prendre un bain froid ou une douche froide après le bain chaud quotidien, changer chaque jour de sous-vêtements et passer plus d’une heure en méditation chaque matin et chaque soir.

 

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Une valeur considérable s’attache au bain rituel dans l’eau froide. Tomobe no Yasutaka écrit:

« Qu’est-ce que l’ablution? Ce n’est pas seulement laver son corps avec de l’eau lustrale, cela signifie se conformer à la Voie juste et morale. Pollution signifie mal moral ou vice. Même lorsqu’un homme se débar­rasse de sa saleté corporelle, il ne sera pas agréable à la Divinité s’il ne met pas un frein à ses mauvais penchants. »

 

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Lorsqu’on se baigne dans l’eau froide pour faire du misogi, il faut jeter de l’eau sur les diverses parties du corps dans l’ordre suivant : la bouche, le visage, les parties sexuelles, la poitrine et le ventre, les pieds et les jambes, les épaules et les bras, le dos, de nouveau la poitrine et le ventre, et enfin le corps tout entie. Pour être complètes, les ablutions froides (mizu-gori) doivent se pratiquer successivement à l’embouchure d’un fleuve, près de la source d’une rivière, dans la mer, sous une cascade et dans une source ou un réservoir. C’est pour permettre ce dernier exercice que la plupart des grands temples ont dans leur enceinte un bassin ou un petit lac; certains d’entre eux sont encore en usage et jouissent d’une grande renommée, comme par exemple le O-te-haraï (ou Mitarai-no-ike) du Kashima-jingû.

 

Ce bain froid est naturellement plus efficace s’il est pris dans un état de totale nudité. Le gûji de l’Imi-no-miya-jinja se baigne nu dans la mer pendant les trois jours qui précèdent le matsuri de décembre. Il y a naturellement des exceptions. Ainsi, au Sumiyoshi-jinja de Fukuoka, le matin du Shinto aikido Nago-shi-saï, seul le gûji se verse un peu d’eau froide sur la tête, tandis que les autres prêtres prennent un bain chaud. Lorsqu’il est impossible de se procurer de l’eau, par exemple lorsqu’une cascade est gelée ou que la couche de glace sur un étang est trop épaisse, on peut remplacer le bain froid par une exposition à l’air froid, par exemple une demi-heure en mon­tagne en état de complète nudité dans une tempête de neige, ce qui – j’en ai fait l’expérience – est une dure discipline.

 

Parallèlement à l’usage de l’eau froide, il faut citer celui du sel. Le sel (shiij) est considéré comme un agent purificateur puissant, particulièrement dans l’eau de mer. L’explication mythologique en est qu’Izanagi s’est baigné dans la mer pour se libé­rer de la pollution que lui avait causée la vue du cadavre en décomposition d’Izanami. Une autre explication, plus simple et plus terrestre, est que le sel conserve divers aliments. Quoi qu’il en soit, on l’utilise fréquemment dans la vie quotidienne comme purificateur ou comme protection contre le mal. On en parsème matin et soir devant la porte de la maison, et aussi lorsque part un visiteur mal venu; on place de petits tas de sel devant la porte des restaurants; on s’en asperge en revenant d’une céré­monie funéraire, etc. On jette aussi du sel dans la salle de bains avant d’y procéder au misogi. Dans les matches de sumô, les lutteurs jettent des poignées de sel sur l’arène avant chaque reprise pour que la lutte soit loyale, etc. Pour le culte, le sel doit être recueilli avec le même soin extrême que l’on apporte à la production et à la préparation du riz des­tiné à être offert aux Kami. Celui que l’on utilise à l’Ise-jingû provient exclusivement des salines du temple.

 

Comme nous le verrons plus loin, dans nombre de cérémo­nies, après qu’un prêtre a agité le haraï-gushi au-dessus de l’assemblée, un autre prêtre procède au shûbalsu, c’est-à-dire asperge l’assemblée avec de l’eau prise dans une caissette de bois, l’en-lô-oke (ou en-lâ-no-oke ou mage-mono) qui est censée contenir de l’eau de mer. Elle en contient en fait à l’lyahiko­jinja, à l’lzumo-ô-yashiro (où la caissette, très spéciale, porte le nom de shio-k,umi-lago) dans le matsuri annuel de l’O-kuni­tama-jinja 6 et dans un certain nombre d’autres cas, mais le rite est bien souvent sensiblement négligé, même dans les temples les plus traditionnels, sans doute de peur d’abîmer les luxueux habits sacerdotaux. A Kôbe, le mage-mono du Nagata-jinja contient de l’eau douce à laquelle on a ajouté un peu de sel; à l’Iwa-shimizu-hachiman-gû, il contient du sel et pas d’eau; dans de nombreux temples il ne contient que de l’eau douce et dans beaucoup d’autres il est vide.

 

Le bain de mer constitue naturellement l’une des formes de misogi les plus traditionnelles, mais l’eau de mer peut être uti­lisée ailleurs. Ainsi, à l’O-kuni-tama-jinja, le 21 avril de chaque année, tous les prêtres doivent aller puiser sur la plage de Shi­nagawa de l’eau qu’ils utiliseront toute l’année pour leur bain chaud quotidien; s’ils manquent à cette règle, ils s’exposent à des accidents graves. Même le mikoshi (châsse utilisée dans les processions) est parfois plongé dans la mer dans une cérémonie spéciale de puri­fication (mikoshi-araïshiki); c’est le cas au Sumiyoshi-taïsha, la veille du grand matsuri.

C’est cependant au Shiôgama-jinja dans le Miyagi-ken que l’on trouve l’exemplele plus remarquable de l’emploi du sel dans le culte. Shiô-tsuchi-no-oji-no-kami, le Kami du grand temple subsidiaire (betsugû) qui a presque éclipsé le temple principal, n’est pas seulement le Kami des pêcheurs, mais aussi celui de l’extraction du sel. Il fut le compagnon et le guide de Take-mika­dzuchi et de Futsu-nushi dans la longue expédition qui fit par­courir à ces deux Kami la plus grande partie de l’île de Honshû pour préparer la voie au Prince Ninigi. Le fait que son nom est évidemment dérivé de shio, le sel, le grand purificateur, constitue une preuve convaincante de l’importance capitale que le Shintô originel attachait à la purification en général, et plus particu­lièrement au sel comme agent purificateur.

 

En plus du belsugu, trois autres sanctuaires importants sont consacrés à Shiô­tsuchi-no-oji dans le cadre du Shiôgama-jinja : le Magaki-jinja sur l’île de Magaki, le Fuji-mutsi-sha, où l’on rend un culte au fouet avec lequel le Kami faisait avancer sa vache (la vache qui transportait le sel extrait par lui) et l’0- kama-jinja, qui mérite une description plus détaillée. Ce temple fut construit sur l’emplacement même où l’on croit que le Kami a pour la première fois extrait du sel; il contient quatre chaudrons (kama) ronds de grand diamètre, mais peu profonds, qui sont toujours pleins d’eau de mer; l’eau jamais ne s’y dessèche ni n’en déborde, mais sa couleur change lorsque quelque catastrophe menace le pays. Du 4 au 10 juillet se déroule un impressionnant matsuri (Mogari-no-shinji) dans lequel on va en mer récolter des algues, on change l’eau des quatre chaudrons, on extrait du sel en faisant bouillir de l’eau de mer dans un cinquième chaudron de même dimension et enfin l’on offre le sel ainsi obtenu aux Kami qui sont dans le sanctuaire principal (honden), Take-mika-dzuchi et Futsunushi….

 

La suite plus tard.

 

 


 

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