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aikido in Brussels






Ecole d’Aïkido Hirokazu Kobayashi


L’aïkido (dont l’écriture en japonais de la main du fondateur est ici donnée dans l’image à gauche) est un art martial moderne crée au Japon dans le courant du siècle dernier par Morihéi Ueshiba (Ô Sensei, le Ô indiçant le mot qui suit d’une valeur d’exception).


A un niveau purement descriptif, il semble être question d’un art d’esquive ou de défense permettant d’amener l’autre dans l’état de déséquilibre adéquat pour effectuer une action efficace. Il s’agit alors de retournements ou de torsions, du poignet ou bien du bras entier, ou encore d’impulsions vigoureuses portée sur le corps de l’autre destinées à en entraîner la chute. Chose remarquable, aucune attention ne semble être portée aux coups (de poings et encore moins de pieds) auxquels d’ailleurs on ne s’entraîne pas. Ces aspects, liés à une idée assez vague de non-violence, ont promut la notoriété d’une pratique qui serait uniquement défensive, ce qui est profondément erroné dans la réputation qui s’en déduit.


Il ne s’agit ni de rien de défensif ni de rien d’offensif, mais d’une démarche constructive, d’un art qu’on pourrait dire « de stratégie », et en ceci politique, puisque quelque chose y est sans cesse à construire, sens même de la pratique, tissage toujours fugitif et toujours évanescent, et donc justement bien réel, d’un lien en lieu et temps du confli. Ce lien qui est à toujours construire, c’est le « AI » du terme (kido), vocable que les esprits prudes traduisent pas « harmonie » ce à quoi nous ne souscrivons pas, car nous y préférons celui d’ « amour », sans doute plus ardu à proférer, mais plus juste comme traduction et plus apte à entraîner les coeurs.


Dès le début, les élèves s’entraînent à adhérer aux mouvements sans y résister de manière à se rééquilibrer dans le déséquilibre, notamment au moyen de chutes et de descentes souples au sol. Ce principe de travail, au delà de tout ce qu’il promeut comme effets au niveau du corps, a la vertu de détourner l’adepte du rapport conflictuel où le bout de son nez l’entraîne à tout coup. Par ailleurs, les chutes (ukemi), qui sont des rebonds, apportent à l’adepte une remarquable tonicité, non seulement du corps mais aussi de l’âme, et dont il éprouvera les effets dans tous les aspects de sa vie. Petit à petit s’impose à l’adepte l’idée qu’il ne s’agit jamais de contrer une action mais d’en recueillir l’émergence dans la stucture du « AI » qui se révèle ainsi au principe de la pratique.

ueshiba Morihéi


Les intérêts du moi s’en trouvent là déjoués au profit d’un intérêt autre que les « pensées » requises pendant le « misogi » sont là pour convier au lieu même de la pratique (lire les articles sur le misogi dans la rubrique « Articles et Textes« ) et c’est pour cette raison qu’il est impératif d’y rester fidèle.


On devine que s’il s’agit de technique, ce sera dans un sens que la philosophie seule est habilité à donner à ce mot. Et de fait, la personnalité du fondateur, Morihéi Ueshiba, dépassait radicalement tout cadre techniciste. Visionnaire, inspiré, adepte quotidien des prières et des rites de purification (misogi) puisés dans l’enseignement de l’Omoto Kyo, courant Shintô animée par une utopie universaliste particulièrement subversive dans le contexte japonais de l’époque (lire l’article qui lui est consacré), mouvement auquel il était étroitement lié, il n’a pas cessé de soutenir un discours métaphysique et théologique, et d’évoquer, au sein même de la pratique, dans une langue dont il n’est pas étonnant qu’il était rarement comprise par des élèves qui étaient loin de posséder la même culture que leur professeur, un état de communion mystique avec Dieu ou l’univers, notamment par la perception et la maîtrise du « ki », version japonaise du « chi » chinois, objet bien réel évidemment et qui comme tel, supporte très mal les voyages.


A côté de cela, homme d’une vigueur extrême, guerrier légendaire et jamais vaincu, constructeur de maison, peu enclin aux douceurs domestiques, agriculteur et grand amoureux des femmes, jeunes de préférence, .


Cependant, les notions qui femmesueshialimentaient la pensée de Morihéi Ueshiba, aussi performatives qu’elles aient pu être dans son chef, mais disjointes de l’homme qui en soutenait la vérité, eurent pour effet, malheureux mais inévitables, de propulser l’aïkido, ou bien dans des orientations crétinisantes hantée par la nostalgie suspecte de pouvoirs qui serait externes aux limites de la condition humaine, ou bien dans des voies plus simplement sportives (notamment pas le biais de fédérations), moins débilitantes sans doute, mais tout aussi obscures. Etant bien entendu que le propos de la pratique est tout autre, que nulle magie ne s’y dissimule et que tout acte, dans cette pratique, ne s’illumine d’aucun autre aura que celui de la vérité qu’on y aura soutenu, ceci pour seul mystère, mais non des moindres.


Plus sérieusement, dans la mesure où le combat implique un rapport nécessaire et toujours décisif à la mort, non pas entendue comme terme d’une ligne mais comme jaillissement interne de ce qui de la vie est cause, intervient l’idée de placer le sujet dans une antériorité salvatrice à toute évènement traumatique. Cette idée fondamentale – et banalement religieuse – sous-tend la notion de « non garde » qui est au fondement même de la pratique et qui place le sujet de l’aïkido en un point d’où s’origine nécessairement et par récurrence tout intention survenant dans son champ. C’est la technique comme telle, en tant qu’elle est le lieu de la « déprise » du sujet, qui est le véhicule même de la fonction sotériologique de son art, fonction qu’aucune main, fut-elle descendue du ciel, ne sera venue déposer à ses piéds.


L’immense mérite et la grande intelligence de Hirokazu Kobayashi (lire sa vie en suivant ce lien), lui-même élève de Morihéi Ueshiba – et de nul autre – et qui fut notre professeur, est d’avoir replacé l’enjeu authentique de ce qui lui avait été enseigné au sein même de la pratique et nous dirions au sein de la technique, car c’est dans l’articulation même de la technique, dans son opération, que se joue à chaque instant, jusque dans la plus grande intimité du toucher, l’engagement subjectif qui requiert que rien en soi ne résiste  » au pas de garde » car c’est toujours en soi que se situe la résistance qu’on attribue à l’autre, idée que nous demandons aux élèves d’en faire maxime.


ueshikoba1Un autre mérite d’Hirokazu Kobayashi, tout aussi immense et consubstantiel du premier, a aura été d’avoir maintenu la pratique du côté de la transmission – donc du côté d’aucune idéologie – avec tout l’humour et l’espièglerie qu’impose bien évidemment de prendre toute pratique au sérieux. Ce faisant de faire de la technique elle-même le pivôt de la transmission et son unique actualité.







 



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